RADIO : Victimes de la mode : au Ghana, la fast fashion pollue longtemps. Reportage de Giv Anquetil (France 2024).
Le Ghana, ce pays de 33 millions d’habitants situé en Afrique de l’ouest, s’impose aujourd’hui comme « la poubelle de la fast fashion mondiale ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
chaque jour, 160 tonnes de vêtements déjà portés sont déversés dans le pays via le port de Tema, en provenance d’Europe et d’Asie ;
260 000 tonnes de vêtements de seconde main sont débarqués à Accra, à tel point que la ville croule sous les vêtements jetables ;
15 000 vêtements sont recyclés par semaine dans les ateliers de couture d’Accra ;
des centaines de marques vestimentaires trouvent ainsi une seconde vie au Ghana.
De plus, la baisse de la qualité du vêtement vient renforcer le refus des acteurs locaux de céder à une mode jetable et périssable. Du coup, les vêtements inutilisables augmentent et sont jetées dans la nature, sur les plages de la ville portuaire d’Accra. Les débordements et les excès constatés alors pèsent de telle sorte que l’on en vient à parler de colonialisme du déchet. C’est que le pays ne dispose pas des infrastructures requises pour pouvoir traiter les déchets vestimentaires qui ne peuvent pas être recyclés sur place. De plus, il est au bord du défaut de paiement et connaît une inflation galopante. Heureusement, les tailleurs et couturiers locaux déploient des trésors d’ingéniosité pour construire une véritable économie circulaire. Cette économie nouvelle est ici fondée sur la récupération des « vêtements de l’homme blanc mort » et leur transformation, à la faveur de l’affirmation d’une mode locale fondée sur la demande intérieure. Grâce à la créativité locale, les vêtements recyclés ou transformés attirent une clientèle locale, à la recherche d’une certaine qualité en mesure d’atténuer les réticences à porter des vêtements rejetés en Occident et en Asie.

PRESSE ECRITE : De la théologie de la migration au Maroc et dans le reste du Maghreb
Les migrants d’Afrique subsaharienne, bloqués dans leur progression vers l’Europe, finissent par se fixer au Maghreb en attendant peut-être le déverrouillage des frontières européennes. Dans ces pays de transit où ils s’établissent depuis l’an 2000, ceux qui d’entre eux sont de confession chrétienne n’hésitent plus à pratiquer leur foi, sans se cacher. Ils sont ainsi porteurs de la « théologie de la migration » en Afrique du nord, une région africaine où l’islam demeure la religion dominante et officielle. De surcroît, ces théologiens suscitent la vigilance et la surveillance des autorités publiques et de la police. Encore que ce soit surtout au Maroc que « les temples et les églises connaissent une effervescence inédite au contact des communautés de migrants subsahariens ». Il s’agit pour la plupart de Congolais, de gabonais, d’Ivoiriens, de Nigérians, de Togolais, etc. La célébration de la foi chrétienne dans le « royaume chérifien » se passe également dans d’autres « lieux de culte » improvisés, tels que des appartements en sous-sol. Ainsi donc, du fait des migrations africaines, les pays du Maghreb deviennent des « espaces de sédentarisation propices à un réveil du christianisme ». Et pour cause, les migrants qui y sont bloqués par la fermeture des frontières de l’Europe, sont pour la plupart d’obédience catholique ou protestante. Ils sont, du coup, à l’origine du « retour de la foi chrétienne en terre d’Islam », un phénomène qui ne vient pas du « Nord européen », mais plutôt du « Sud africain ».

Ce qui atténue bien l’inquiétude d’une « colonisation religieuse », du moins au Maroc où les autorités parviennent à bien gérer la situation au point de laisser faire. Au contraire de la Tunisie, où « la dimension religieuse était sous-jacente » dans le « déchainement de violences contre les migrants subsahariens », à la suite de la diatribe présidentielle face au péril de l’immigration clandestine en provenance des pays au sud du Sahara. Il est vrai aussi que depuis les années 1980, le Maroc a accueilli des milliers d’étudiants d’Afrique noire, dans le cadre de sa politique d’ouverture et a pu ainsi vaincre toute réticence à l’épreuve de l’afflux de migrants y provenant. Le résultat de cette ouverture c’est que l’on y assiste à « une redynamisation inattendue par les migrations africaines d’un christianisme qui s’éteignait lentement depuis l’indépendance ». Ce constat a été fait aussi bien par le photographe franco-marocain Malik NEJMI que par les anthropologues Sophie BAVA et Bernard COYAULT. On leur doit l’ouvrage : Dieu va ouvrir la mer. Christianismes africains au Maroc. Kulte Editions, 2022, Rabat.
Cf. Frédéric BOBIN : Maroc, une ferveur chrétienne venue du Sud.
(Le Monde Dimanche 18 – Lundi 19 février 2024, pp.18-19)
DOCUMENTAIRE : Le royaume perdu des pharaons noirs, de David STARKEY (Grande Bretagne, 2019), 95 mn.
C’est un document historique de première importance qui dément bien les dénégations sur l’existence antique de pharaons noirs ayant aussi construit des pyramides d’un grand intérêt. En tout cas, il y est mis en lumière, preuves à l’appui, les capacités des Nubiens à bâtir des pyramides impressionnantes, surtout au temps du royaume de Koush, situé dans l’actuel Soudan (= le pays du Noir en arabe). L’existence de ces pyramides remonte vers 750 av. J.C et est constatable et vérifiable sur les sites de Kerma, de Napata et de Méroé, où des vestiges ont bien été mis à jour par les archéologues occidentaux. Pour ainsi dire, ils témoignent de « la grandeur passée des pharaons noirs », à l’origine d’une civilisation qui a duré trente siècles.

En 730 av. J-C, Piânky ou Piye (747-713), roi de Nubie, avait envahi et conquis l'Egypte, contrôlant du coup la vallée du Nil entière. Il passe pour être le premier empereur de la 25e dynastie, la fameuse dynastie des pharaons noirs, dont les autres pharaons furent : Chabataka (713-705), Chabaka (705-690), Taharka (690-664) et Tanouetamani (664-604). A sa mort en 713, Piye fut enterré en Nubie où il était revenu. Mais, ses funérailles se déroulèrent, à sa demande, dans une pyramide, selon les rites funéraires d'Egypte pratiqués lors à l'occasion de la mort du pharaon.

Après la disparition de son fondateur, la 25e dynastie noire d'Egypte resta encore au pouvoir pendant cinquante-six ans. Mais, sa domination prit fin à la suite de l'invasion et de la conquête de l'Egypte par les Assyriens. Les vainqueurs firent tout pour faire oublier les traces même de l'hégémonie antérieure des pharaons noirs : effacement de leurs noms, destruction des statues et des stèles les représentant, réécriture de l'histoire de l'Egypte en gommant leurs apports et leur existence. Ainsi donc, au commencement du VIe siècle av. J-C, Psammétique II, le fondateur de la 26e dynastie d'Egypte, avait réussi à bouter hors du royaume et plus au sud les Nubiens, ou plutôt les Koushites.

Les survivants de la 25e dynastie fondèrent alors le royaume de Koush et firent de Méroé la capitale du pays. Auparavant, ils s'étaient réfugiés à Napata. Le choix de Méroé s'imposa par la suite aussi bien pour des raisons stratégiques et économiques que pour la fertilité des terres et la richesse du sous-sol (fer et or). A Méroé, outre l'essor de la métallurgie et de l'orfèvrerie, les rois de Koush contribuèrent à la formation et au développement d'une culture funéraire marquée profondément par la synthèse des pratiques cultuelles de l'Egypte et de l'Afrique noire. Il faut bien voir que si Napata fut, au départ, la première nécropole des premiers rois de Koush, Méroé, en revanche, prit le relais, vers 250 av. J-C, pour les inhumations des autres rois dans de nouvelles pyramides. Tous ces vestiges se trouvent dans deux parties distinctes de l'ancienne métropole de Koush. La zone sud abrite le cimetière le plus ancien, et donc les plus vielles pyramides. Dans la zone nord, on trouve les pyramides "les mieux préservées". Au total, 200 pyramides y défient encore le temps. Le Soudan compte donc plus de pyramides que l'Egypte !
A tout le moins, le documentaire de David STARKEY éclaire sur l'histoire des pharaons noirs et la civilisation puissante qu'ils ont contribué à bâtir de l'Egypte au Soudan.
DOCUMENTAIRE : IKEA le seigneur des Forêts de Xavier DELEU et Marianne KERFRIDEN (France 2023), 100 mn.
Voilà une enquête menée à l’échelle de la planète qui donne à voir et à comprendre comment le Géant suédois de l’ameublement parvient à dévorer près de 20 millions de mètres cubes pour assurer, un peu partout, la consommation de son modèle de fast furniture. Cette boulimie explique bien qu’un arbre soit abattu toutes les deux secondes pour la fabrication des meubles par IKEA ! Or, une telle voracité ne fait que contredire les considérations écologiques que l’entreprise tente toujours de prioriser, eu égard à une communication fondée sur la promotion du greenwashing, la récupération des sapins vendus à Noël en vue de la reforestation dans les espaces où ils sont coupés. L’activité en expansion dans le monde porte ombrage à la volonté affichée de protéger les écosystèmes forestiers là où ils sont menacés.
DOCUMENTAIRE : Congo-Océan : un chemin de fer et de sang. De Catherine BERNSTEIN (France). 70 mn, 2023.
Dans ce documentaire, Catherine BERNSTEIN retrace l'histoire particulière de la construction du chemin de fer Congo-Océan durant les années 1920 et 1930 sous la colonisation française. A l'époque, l'administration coloniale tenait à relier Brazzaville (fleuve Congo) à Pointe-Noire (Océan Atlantique) par une voie ferrée de 512 km, aux fins d'acheminer vers la métropole les ressources naturelles de l'Afrique équatoriale. Par là même, il s'agissait, non seulement de réaliser une mission civilisatrice, mais également de répondre à la compétition avec la Belgique et le Portugal.
C'est que, sur l'autre rive du Congo, les Belges avaient réussi à construire plus tôt un chemin de fer reliant Léopoldville (Kinshasa) à Matadi pour pouvoir envoyer en Europe les fabuleuses richesses minières et agricoles du Congo. La France coloniale fondait également de grands espoirs dans la réalisation du Congo-Océan. Mais, c'était sans compter avec les contraintes physiques et naturelles du terrain, le manque d'argent et les atermoiements de l'administration locale. Les travaux, qui durèrent de 1921 à 1934, furent confiés à la société Spie-Batignolles sous l'administration du Gouverneur général Victor AUGAGNEUR. Cependant, ce fut plutôt le Gouverneur général ANTONETTI qui mena l'entreprise jusqu'au bout, au prix d'une violation permanente des droits humains. En effet, il parvint à ratisser tout l'arrière-pays de l'Afrique équatoriale française (A.E.F.), du nord au sud, de l'est à l'ouest, pour trouver et disposer d'une main d'œuvre servile, si indispensable à la réalisation manuelle de travaux excessivement durs, harassants et mortels.
Les indigènes étaient tous soumis au travail forcé et manuel la plupart du temps. La dénonciation des pires conditions de travail observées dans la construction du chemin de fer obligea la Compagnie Batignolles à recourir à la technologie. Encore que l'emploi des machines ne visât qu'à accélérer la fin des travaux, étant donné le retard considérable pris par le chantier, surtout dans la forêt du Mayombe. Mais, pour les travailleurs forcés mis gratuitement à contribution, les résultats étaient catastrophiques : entre 17 000 et 22 000 de ces ouvriers trouvèrent la mort tout au long des travaux. Or, cette mort intervint pour diverses causes : l'épuisement physique et mental, la détresse, les accidents de travail, la maladie et la famine.
Le documentaire de Catherine BERNSTEIN est d'autant plus crédible, convaincant et honnête qu'il s'appuie sur des sources concluantes et incontestables : des textes d'André GIDE et d'Albert LONDRES, des archives (films et photos) même du chantier, ainsi que des témoignages des descendants des ouvriers raflés pour la construction du Congo-Océan.
DOCUMENTAIRE : quand l'Afrique sauva la France. De Nicolas GILMOIS(France). 52 mn, 2023. In : www.13prodis.fr
La thèse défendue par Nicolas GILMORE apporte un autre éclairage sur la libération de la France, en insistant bien sur la contribution africaine. Il défend l'idée que "c'est de Brazzaville qu'est venu le salut". Il argumente : "Isolé à Londres, le général De Gaulle n'aurait jamais libéré la France sans les colonies d'Afrique centrale. Grâce à un Etat bricolé sur le dos des indigènes, par des Européens perdus dans la brousse, le destin de la métropole a basculé. 1940-1943, Paris était enchaînée et l'Afrique sauva la France.
L'appel de juin 1940 lancé par le général De GAULLE pour poursuivre la guerre après la perte de la bataille fut entendu "au cœur de l'Afrique noire". La France est alors envahie par les troupes hitlériennes. Mais, en Afrique équatoriale française (A.E.F.), et notamment dans sa capitale Brazzaville, la résistance civile et militaire s'organise pour le ralliement à la France libre de tous les territoires d'outre-mer de cette sous-région d'Afrique. Brazzaville en devint la capitale et le général De GAULLE s'y installa. En mobilisant à sa cause les soldats de ces territoires et les ressources naturelles qui y étaient exploités, la France pouvait participer à sa propre libération et s'afficher dans le camp des vainqueurs de la seconde guerre mondiale.
Ce faisant, de manière inconsciente, les Français libres contribuèrent à faire naître un immense désir d'indépendance en Afrique subsaharienne, plus tard.
Sujet très intéressant. Pouvez nous parler d'autres sujet comme la sècheresse en Amazonie par exemple
RépondreSupprimer