lundi 3 mars 2025

ECHOS

BLACK FAR WEST : une contre-histoire de l'Ouest. Documentaire de Cécile DEJEAN. 95 mn. France 2025

L'iconographie du Western  projetée par Hollywood demeure à jamais marquée par la conquête de l'Ouest à la faveur d'affrontements entre les migrants européens, porteurs d'une civilisation moderne, et les tribus amérindiennes s'y opposant farouchement. Avec en plus tous les clichés racistes liés à la domination des uns (les forts) et à l'exclusion des autres (les faibles). Le fait est que le documentaire de Cécile DEJEAN met à mal la vision fantasmée du cinéma et de la télévision d'Hollywood pour faire droit à la présence des Afro-Américains dans cette histoire de l'Amérique. C'est toute la pertinence du film que d'exhumer un "black Far West" bien méconnu, aujourd'hui encore.  

Car, les Africains-Américains ont bien pris part à l'épopée du Far West. En effet, dès la fin de la guerre de sécession en 1..., les esclaves affranchis furent eux aussi en quête de liberté, de terre et de justice pour pouvoir vivre dans le Nouveau Monde. Ainsi, bon nombre d'entre eux devinrent des fermiers,  d'autres des trappeurs, d'autres encore des shérifs ou des marshals, voire des conducteurs de diligence. Il y en eut qui connurent des destins héroïques, voire exemplaires sur le plan moral ou de la justice. Tous ces personnages noirs de l'Ouest éclairent sur leurs destins héroïques et exemplaires que le roman national a toutefois occulté, complètement enfermé dans un ethnocentrisme omniant.


LES QUILOMBOS AU BRESIL

Durant la traite négrière, du XVIe au XIXe siècle, 4 millions d'esclaves africains déportés au Brésil avaient dû, après leur fuite des plantations et des mines où ils étaient mis gratuitement à disposition des colons européens, créer sur les terres où ils s'étaient retranchés des quilombos [kilombo]. En kikongo et en kimbundu, ce terme fait allusion aux sociétés secrètes ayant existé  dans les royaumes de Kongo, de Ndongo-Matamba, et des royaumes côtiers de Loango, Ngoyo et Kakongo. Au Brésil, il s'agit plutôt de "terres de résistance" à l'esclavage et à la colonisation européenne, ce dans un pays où il n'est toujours "facile d'être noir". A ce jour, le Brésil en compterait plus de 8400 et 1,3 millions d'afro-descendants y vivraient encore ! La région du Jequitinhonha (ou Jequi) d'où "serpente sur 1000 km entre Minas Gerais et Bahia" passe pour être le bastion de la culture et de l'histoire des Kilombos. En effet, les esclaves marrons du Brésil s'y refugièrent pour ne plus travailler dans les champs et dans les mines d'or, y fondant, pour survivre, des communautés autonomes et solidaires, bien à l'abri dans "ses vallons rocailleux et hors d'atteinte". La défense de la culture quilombola et la place des Noirs dans la société brésilienne d'aujourd'hui demeurent les revendications principales des communautés en question. 

Pour parler d'abord de la culture et de l'histoire des quilombos, la démarche revendicative porte sur leur préservation et leur reconnaissance par l'Etat brésilien. Ce qui passe d'abord par la valorisation des symboles africains de leur résistance, lesquels sont représentés partout où c'est possible, de préférence sur les murs des écoles. C'est vrai ainsi : des adinkras, symboles provenant du peuple ashanti du Ghana ; des dwennimmen, cornes de bélier symbolisant la force ; de la fougère aya pour louer la persévérance ; de l'akofena, pour exalter la bravoure des ancêtres. Il y a aussi la fresque étendard de tout kilombo : "une main noire grande ouverte" au milieu des couleurs panafricaines (vert, jaune rouge et noire). Tout cela pour ne pas oublier le passé et pour pouvoir se projeter au présent et dans l'avenir en connaissance de cause. La démarche historique et culturelle a été ainsi résumée par Ana Maria CASSIANO SILVA, membre et experte pédagogique du mouvement quilombola : "On cherche à dépasser une histoire de souffrance et à apprendre aux enfants à ne pas avoir honte de ce qu'ils sont". Une autre membre du mouvement, Sanete Estebes de SOUZA ajoute : "Notre culture était méprisée. Désormais, elle est reconnue comme un patrimoine... La poterie, le tissage, les remèdes traditionnels et les fêtes populaires du congado... Tout ça c'est notre identité. On ne peut pas la laisser mourir, il faut la transmettre aux jeunes

Pour ce qui est de la reconnaissance politique de la culture quilombola, il faut dire que c'est plutôt l'administration du Président Luiz Inacio LULA DA SILVA qui en a pris fait cause, au contraire de la présidence du capitaine Jair BOLSONARO. En effet, ce dernier jugeait publiquement que Les Noirs du Brésil "ne servaient plus à rien, pas même à procréer". Bien au contraire, dès son retour au pouvoir à la suite de l'élection présidentielle de 2022 où il avait obtenu 76 % des suffrages exprimés, le Président LULA a pris bien des mesures encourageantes en faveur des qilombos, à savoir : imposition de quotas raciaux, accès aux aides sociales et à l'énergie, appui à l'agriculture familiale, régularisation foncière. De plus, désomais le 20 novembre de chaque année s'impose comme un jour férié, cela pour célébrer l'anniversaire de la mort de Zumbi, "un chef illustre du Quilombo de Palmares au XVIe siècle. Puis, fin juillet 2025, le Président LULA a lancé dans la région de Jequitinhonha les travaux de construction du Campus Quilombo, un établissement appelé à dispenser la formation professionnelle et un enseignement conjuguant savoirs modernes et savoirs traditionnels. Pour lui, en effet, dorénavant "les quilombolas doivent pouvoir accéder à l'université, décrocher master et doctorat". 

En attendant, il faut se rendre à un état des lieux dégradant de la situation des quilombos au Brésil.                              

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